Apple, stratégie pavlovienne

Publié le 24 juin 2010 dans Communication, Vente

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C’est la même rengaine depuis des années. Chaque fois qu’Apple sort un nouveau produit à succès, la firme de Cupertino, ou ses distributeurs, annoncent rapidement des ruptures de stock, et se pressent d’expliquer la situation par la demande des consommateurs, qui dépasserait toutes les attentes. La mise récente sur le marché de l’iPad et celle, imminente, de l’iPhone 4 n’ont pas dérogé à cette règle.

Steve Jobs, le boss de l’entreprise, y est, une fois encore, allé de son couplet: «La demande ne cesse de dépasser l’offre et nous travaillons dur pour mettre ce produit magique (sic) qu’est l’iPad entre les mains d’un nombre encore plus important de clients»…

Certes, l’entreprise californienne a vendu trois millions de sa tablette tactile en 80 jours et il n’est sans doute pas aisé de satisfaire une telle demande. Mais, franchement, faut-il croire qu’un stratège aussi redoutable que Steve Jobs, est systématiquement incapable, après toutes ces années de succès, de mettre sur pied des canaux d’approvisionnement à la hauteur? Et si Apple provoquait sciemment les ruptures de stocks? Mais finalement, que ce soit le cas, ou que la firme de Cupertino ne se borne habilement à transformer les lenteurs réelles de la production en atout marketing, les effets sont les mêmes. Steve Jobs, ce visionnaire qui a, mine de rien, révolutionné l’informatique, l’écoute de la musique et la téléphonie mobile, est également un as de la communication.

En annonçant systématiquement des ruptures de stock et en les attribuant au succès de ses produits, Apple occupe l’espace médiatique et y fait sa pub sans débourser un centime. Mieux encore, elle joue sur le sentiment de rareté et développe un réflexe quasi pavlovien chez les consommateurs, qu’elle fait saliver dans l’attente du produit tant désiré. Susciter l’envie stimule les ventes. C’est sûr, Steve connaît son «Jobs».

Sébastien Sautebin

Un grain de café dans les rouages

Publié le 17 juin 2010 dans Alimentation, Vente

nespresso_17610Avant de boire la tasse, Nestlé ravale sa fierté et riposte dans la guerre des capsules café. C’est du moins l’impression que donne l’annonce de la plainte déposée contre le géant américain Sara Lee, qui vient de commercialiser en France ses capsules génériques «L’Or Espresso» de Maison du Café.

On se souvient encore des fanfaronnades du géant Veveysan, faisant fi de toutes menaces: «Le modèle Nespresso a fait ses preuves», «notre succès va continuer de croître et nous allons produire jusqu’à 12 milliards de capsules par an», «la concurrence peut venir, c’est stimulant», pouvait-on lire en substance dans tous les journaux suisse il y a peu. Seulement voilà, avec des capsules 15% moins chères, la saine concurrence a tout de même fini par inquiéter Nestlé, qui entend défendre bec et ongles les multiples brevets entourant sa sacro-sainte capsule.

Quant à la chaîne de supermarchés français Casino, qui a également lancé sa propre gamme de café en capsules avec l’aide d’un ancien concepteur de Nespresso, elle ne semble pas encore inquiétée par les attaques judiciaires de Nestlé. Mais sa probable distribution en Suisse l’an prochain pourrait bien relancer la donne. En effet, même si les avis des dégustateurs semblent donner l’avantage à Nespresso pour ce qui est de la qualité, Casino s’apprête à frapper un grand coup avec des capsules 30% moins chères.

Yves-Alain Cornu

Pêcheurs de thon: carton rouge!

Publié le 10 juin 2010 dans Alimentation, Environnement

thon_10610Alors que la faune du golfe du Mexique s’englue, les thons rouges d’Europe peuvent-ils provisoirement respirer? La décision prise par la Commission européenne pourrait le laisser croire, elle qui vient d’avancer de cinq jours – au 10 juin – la fermeture annuelle de la pêche industrielle de cette espèce menacée. La raison est simple: comme les quotas alloués aux pays européens sont déjà épuisés, il s’agit de «protéger les stocks fragiles de thon rouge et assurer ainsi sa survie».

Mais la mesure n’est pas sans provoquer quelques remous. Non contents d’avoir harponné, il y a moins d’une semaine, un militant de cette cause écologique, les thoniers senneurs français n’ont pas l’air franchement disposés à respecter les directives européennes. Leur ministre, Bruno Le Maire, a même demandé que la Commission apporte «la preuve formelle que les bateaux français ont réalisé l’intégralité de leurs quotas». Bel exemple de vision à court terme…

Bien qu’elle parte d’une bonne intention, la résolution européenne souffre aussi de ses limites institutionnelles. Des navires battant pavillons non européens, qu’ils soient d’origines tunisienne, turque ou libyenne, vont poursuivre le massacre en mer Méditerranée. Ce qui pose, une fois de plus, l’urgence d’une réglementation internationale.

Frank-Olivier Baechler

Provenances trompeuses

Publié le 3 juin 2010 dans Alimentation, Vente

noix-3610Les grands distributeurs, Coop et Migros en tête, commercialisent douze mois par année des fruits et légumes «de saison». Un simple tour entre les rayons le démontre rapidement. Leurs responsables n’y voient aucun inconvénient puisque, au final, le consommateur est libre d’acheter ou non ces produits dont la provenance est clairement indiquée. «S’ils sont en vente, c’est donc qu’il y a une demande», rétorquent-ils.

Prenons-les donc au mot et retrouvons le fil des saisons pour ne consommer – et donc n’acheter – que des fruits et légumes du moment, cultivés à proximité, voire dans les pays limitrophes.

«Le défi peut facilement être relevé», dites-vous? Il suffirait de veiller aux indications? Ce n’est malhereusement pas si simple! En effet, certaines pratiques, pour le moins étonnantes, induisent en erreur le consommateur consciencieux.

L’exemple des noix est éloquent, jugez-en plutôt: la France, principal producteur de noix en Europe, envoie chaque année quelque 4000 tonnes de ce fruit à coquille en Moldavie et en Ukraine pour y être décortiquées par une main-d’œuvre nettement moins chère. Résultat: des noix estampillées «France» ont effectué un aller-retour de 4500 km en camion, alors que les cerneaux provenant de Turquie, grand producteur extra-européen, ne font, eux, qu’un seul voyage!

La provenance n’est donc pas un indicateur satisfaisant. Un affichage environnemental complet est nécessaire. Le défi prinicipal est de dresser une liste cohérente des critères à considérer. Au vu des enjeux, le défi est de taille.

Zeynep Ersan Berdoz

Etude «Interphone»: la grande déception

Publié le 27 mai 2010 dans Communication, Santé

interphoneDans le genre décevant, l’étude «Interphone» remporte la palme haut la main. En effet, après dix longues années d’attente, la vaste enquête qui devait enfin révéler si oui ou non les téléphones portables sont nocifs tombe à plat. Treize pays impliqués, plusieurs milliers de participants, trente millions de francs, et puis rien.

On a beau relire la conclusion des auteurs, on ne sait pas: «L’étude ne conclut pas à un risque accru de cancer du cerveau, mais elle ne permet pas de l’exclure». On découvre tout de même que le risque est peut-être plus élevé pour les «utilisateurs très intensifs». Seulement voilà, à l’époque de l’étude, lancée en 2000, l’utilisation intensive désignait un temps de conversation de 30 minutes par jour. Aujourd’hui, cette durée est considérée comme normale par beaucoup d’utilisateurs…

D’autres défauts dans la méthodologie ont encore été relevés, notamment le fait que certains participants atteints d’une tumeur l’ont délibérément imputée au téléphone, en déclarant qu’ils l’utilisaient toujours du côté ou se trouve la tumeur. A tel point que les scientifiques, mal à l’aise avec les données collectées, ont mis quatre ans à se décider sur la publication de leur rapport. «L’étude publiée est un compromis», avouent les auteurs d’Interphone. Pour certains pays impliqués (notamment la France, Israël et l’Australie), les tumeurs sont imputables aux portables. Mais pour la majorité, menée par le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède, le risque de maladie résulte seulement des nombreux biais de l’étude.

A l’avenir, nous continuerons donc de parler de «principe de précaution», d’études «en cours», et autres artifices pour tenter de nous rassurer sur les méfaits possibles de nos chers téléphones.

Yves-Alain Cornu

A cheval sur les principes

Publié le 20 mai 2010 dans Mobilité

essence_20510Pour les automobilistes en quête d’éthique autant que d’essence, faire le plein de son véhicule commence à ressembler au parcours du combattant. Ce ne sont pourtant pas les stations-service qui manquent: on en compte pas moins de 3612 sur le territoire national, soit une pour 2000 habitants. Or, les seuls critères de la localisation et du prix à la pompe s’accompagnent désormais de considérations plus subjectives.

L’appel au boycott de Tamoil, propriété de l’Etat libyen, a lancé les hostilités. Fatigués des frasques du clan Khadafi, et par solidarité avec leur compatriote Max Göldi, les Suisses sont nombreux à avoir suivi le mouvement. Les écolos ne sont pas en reste, avec la mise à l’index de BP et sa gestion désastreuse de la marée noire qui souille actuellement le Golfe du Mexique. En cette année internationale de la biodiversité, les déclarations sulfureuses du directeur du groupe – «la fuite n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan» – font, il est vrai, un peu… tache.

Tant qu’à faire, les amis de la nature n’auront pas non plus oublié les désastres écologiques provoqués par les naufrages de l’Amoco Cadiz (Standard Oil), de l’Exxon Valdez (Esso) ou encore de l’Erika (Total/Elf). Sans parler des scandales de corruption qui ont régulièrement secoué le secteur, éclaboussant au passage les politiques et autres hauts fonctionnaires d’Etat.

Trouver une compagnie pétrolière «propre» et éthiquement irréprochable? Chimère! Quitte à être à cheval sur les principes, autant enfourcher… le vélo.

Frank-Olivier Baechler

Sur la bonne voie?

Publié le 12 mai 2010 dans Mobilité, Non classé


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Il y a les chiffres d’abord. Angoissants. Chaque année, 1251 personnes sont grièvement blessées sur les routes suisses, et 163 y perdent la vie. Un dossier du Bureau de prévention des accidents (bpa) fournit des informations parfois surprenantes sur la question. Les chauffards, par exemple, que la presse de boulevard met régulièrement sur le devant de la scène, ne sont, aux yeux du bpa, «responsables que d’une petite partie du problème» parce que leur nombre est relativement restreint. Par contre, «ceux qui roulent un peu trop vite sont beaucoup plus nombreux» et provoquent plus souvent des accidents. Le bpa pointe du doigt les «hommes plutôt jeunes», impliqués dans la majorité des sinistres, et les nouveaux conducteurs, particulièrement dangereux lorsqu’ils ont bu. Interdire l’alcool à ces derniers serait une mesure judicieuse pour le bureau de prévention.

Le bpa estime encore que «les autoroutes ne représentent pas une priorité». Plus de la moitié des accidents graves ont en fait lieu hors des localités et un quart à l’intérieur. Or, seuls 3% des contrôles de vitesse ont concerné des véhicules roulant hors localité. On peut dès lors se demander si les radars pullulant sur quelques tronçons autoroutiers ne seraient pas plus utiles ailleurs…

Dans sa réflexion globale, mêlant prévention et répression, le bpa va jusqu’à proposer d’éliminer certains objets fixes – murs, poteaux, etc, – au bord des routes. Cette proposition, pas si insensée dans certains endroits, pose aussi une question plus générale: jusqu’où faut-il aller? Doit-on truffer nos routes de radars, multiplier les contrôles d’alcoolémie, brider les véhicules ou encore installer une boîte noire sur chaque voiture? Tout l’art d’une bonne politique constituerait sans doute à être efficace sans considérer chaque automobiliste comme un criminel en puissance qu’il faut étroitement surveiller.

Mais ne peignons pas le diable sur la muraille: la politique de ces vingt dernières années ainsi que l’amélioration technique des véhicules ne sont pas restés sans effet. Le nombre de blessés graves a diminué de 47% et celui des tués de 59% entre 1992 et 2008. Et si les chiffres actuels sont encore trop élevés, cette tendance montre que l’on est sur la bonne voie.

Sébastien Sautebin

Concurrence malsaine

Publié le 6 mai 2010 dans Assurance, Politique, Santé

ass_maladieOn le sait depuis longtemps et l’actualité le confirme: le système de l’assurance maladie obligatoire pourrit de l’intérieur! Cette semaine, deux caisses maladie – Sanatop et Provita – ont obtenu l’aval de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour augmenter leurs primes au 1er juillet prochain. Or, pour obtenir ce feu vert, les compagnies ne peuvent qu’invoquer des motifs financiers. Autrement dit, ces deux caisses vont mal!

Sont-elles les seules? Les autorités gardent le silence. En revanche, des assureurs sortent du bois. Dernier exemple en date: Sanitas. Si le résultat financier du groupe est dans les chiffres noirs, ceux de l’assurance de base sont négatifs à cause «de réserves en baisse, de primes trop basses et une hausse incessante des coûts». Rappelons juste au passage que Sanitas s’est vanté l’automne dernier de proposer des primes particulièrement avantageuses avec son offre CompactOne, certes très restrictive…

Pour que le système actuel survive, les assurés ne devraient pas changer de caisse maladie. Or, refuser de migrer vers des caisses aux primes plus avantageuses revient à accepter tacitement de payer plus pour des prestations identiques… Ce qui est totalement absurde!

L’idée d’une caisse unique, refusée en votation en 2007, doit donc être urgemment étudiée. Non plus sur une base nationale, mais selon un modèle régional ou cantonal. C’est aujourd’hui la seule manière de remédier à cette concurrence malsaine et à la chasse aux bons risques effectuée par les caisses bon marché.

Zeynep Ersan Berdoz

Treize chances de tomber dans le panneau

Publié le 29 avril 2010 dans Vente

concoursManor organise actuellement, pour les détenteurs de la carte MyOne, un concours qui fleure bon l’attrape nigaud. Les clients ont reçu treize coupons recouverts d’un parfum mystère, qu’il s’agit de reconnaître afin de cocher la bonne réponse.

Si le concours paraît amusant (pour autant que les parfums soient réellement perceptibles, ce que quelques lectrices ont mis en doute), les règles de participation le sont beaucoup moins. Pour avoir la chance de gagner l’un des treize bons d’achat de 2000 fr. mis en jeu, les participants doivent se rendre dans un magasin Manor afin de déposer leurs coupons dans une urne.

Mais attention! Treize coupons: treize tirages au sort. Les clients doivent donc se rendre chez Manor treize jours d’affilée! Evidemment, l’urne du concours ne se trouve pas juste derrière la porte d’entrée, mais au fin fond du magasin, vers le service clientèle.

On comprend donc aisément où Manor veut en venir: contraindre ses clients à traverser treize fois ses magasins pour participer à un concours, cela ne peut que faire augmenter les ventes. En effet, difficile de ne pas craquer sur l’un des nombreux articles en promotion qui jonchent le parcours.

Yves-Alain Cornu

Gros nuage sur Orange et Sunrise

Publié le 22 avril 2010 dans Communication

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Eruption volcanique sur le marché suisse de la téléphonie: la Commission de la concurrence (COMCO) interdit la fusion entre Orange et Sunrise! Souvent critiquée pour sa passivité, le gendarme de l’économie libérale surprend son monde et frappe un grand coup, à quelques semaines du retrait de son président Walter Stoffel.

«La société issue de la fusion aurait créé, conjointement avec Swisscom, une position dominante collective sur le marché de la téléphonie mobile. De plus, l’opérateur de réseau le plus actif aurait disparu du marché», argumente la COMCO, soucieuse de maintenir une concurrence effective sur le marché des télécommunications. «Pour les deux entreprises, il aurait été plus avantageux de maintenir un niveau de prix élevé que de s’attaquer chacune à sa concurrente dans le but de lui prendre des parts de marché.»

Voilà qui contredit les affirmations – intéressées – du président de France Télécom, maison-mère d’Orange. En effet, Didier Lombard se plaisait récemment à faire la liste des avantages que les consommateurs ne manqueraient pas de retirer du rapprochement, à commencer par une baisse de 6 à 8% par an des tarifs mobiles. Les associations de consommateurs, elles, se montraient beaucoup moins optimistes…

Trop confiants, les patrons des deux opérateurs ont clairement fait preuve d’arrogance. Ne se targuaient-ils pas, il y a moins de deux semaines, d’avoir signé les accords «définitifs» relatifs à la fusion de leurs filiales suisses? C’était sans compter sur le veto inattendu de la COMCO.

Pour Orange, dépourvu de réseau fixe, c’est la douche froide. Dans une tentative d’intimidation, l’opérateur avait menacé de quitter le marché suisse en cas d’opposition. Son avenir est aujourd’hui incertain. A l’inverse, la situation pourrait profiter à un autre géant européen, voire à Cablecom, qui n’a jamais caché son intérêt pour la téléphonie mobile.

Reste à savoir si, comme pour l’amende record infligée à Swisscom, une décision judiciaire ne viendra pas annuler le verdict de la COMCO.

Frank-Olivier Baechler